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des mots sur des maux

12 Janvier 2016, 13:24pm

Publié par Mamanlit

des mots sur des maux

Dans mon article d'avant, je t'ai parlé de mon envie d'aller voir quelqu'un avec qui parler. Mais pas toute seule. Avec ma L.

Ma grande L. Ma petite géante. Mon amour de fille que je pourrais étrangler un jour sur deux.

 

L'année dernière, elle changé d'école. Elle a quitté sa mini-maternelle familiale pour rejoindre son frère dans la grande école et de ce fait nous simplifier la vie et surtout nous assurer de sa place en CP pour cette année. (Oui, dans ma ville, le privé est tellement prisé que tu inscrits ton enfant d'une année sur l'autre, en septembre tu penses déjà à l'année d'après).

 

Et d'une enfant intégrée, avec des amis de tout poil et sans aucuns soucis, nous sommes passé à une petite fille malheureuse, pas bien dans sa vie et surtout très très seule. Mise à l'écart des autres, de son fait ou du leur, elle sortait de ses journées à l'école dépitée de ne pas avoir d'amis et triste de n'avoir pu jouer avec personne.

 

Assez étonnés, passer d'une petite fille sociable à une sorte de paria, et devant son malheur apparent et surtout fortement exprimé, nous l'avons accompagné pour "discuter". Comprendre et surtout lui faire comprendre à elle, que parfois son attitude était assez déroutante pour les autres et que peut-être il fallait agir autrement pour se faire accepter.

 

De fil en aiguille, nous voilà à notre premier rendez-vous. Je décris dans les grandes lignes ce qui nous emmène et à la demande de la personne qui nous reçoit, je brosse un portrait aussi fidèle que possible de L.

 

Une petite fille très affectueuse, très très très affectueuse. En demande permanente d'interaction avec les autres. Une petite fille qui ne s'endormait pas avant 23h30 jusqu'à ses 5 ans.

 

Une petite fille qui est méthodique. Demandeuse, questionneuse, comme tout enfant de 5 ans.

 

Une petite fille habile de ses dix doigts. Avec une imagination débordante qui peut parfois la pénaliser.

 

Une petite fille qui n'a aucun problème à interagir avec les adultes mais pour qui les relations avec ses co-élèves sont vraiment problématiques.

 

Une petite fille qui n'a de l'humour que lorsqu'elle le fait. Le second degré familial ne passe pas du tout et elle le dit "Moi j'aime pas quand Papa et K. font de l'humour. Je ne comprends pas, et je déteste ça". (Que dire du 3ème degré !!).

 

Une petite fille hyper émotive.

 

Et une petite fille qui me semble parfois un mur, qui ne comprend pas ce que je raconte.

 

Et cette petite fille là, si attachante, si aimante, si merveilleuse dans tout ce qu'elle est, est malheureuse. Et par ricochet, je suis malheureuse.

 

Après un temps de silence, LA question: "vous connaissez les enfants zèbres?".

 

Un long silence de ma part cette fois çi. "Oh oui. J'en suis une".

 

Et des flashs qui me reviennent.

 

Ma propre vie de petite fille. Mon envie d'avoir des copines, sans en avoir vraiment. Mon souhait d'être dans une "bande" alors que je suis à l'écart. Mes récrées de primaire passées à lire. Des invitations à des anniversaires où je me faisais une joie d'aller mais qui au final ne m’intéressaient pas plus que ça. Rêver d'avoir du monde autour de soi et se dire finalement "ce n'est que ça ? mais à quoi ça sert?".

 

Mon refuge dans la lecture, encore et toujours jusqu'au moment des rencontres qui ont marquées celle que je suis aujourd'hui. Mais j'avais alors 14/15 ans. Ce refuge qui subsiste encore à certaines périodes de ma vie. Entrer dans les histoires des autres pour vivre autre chose.

 

Cette solitude. Dans ma vie, dans ma tête et parfois même dans ma famille. Ces "tocs" qui m'empêchait de me faire parfaitement comprendre. "La porte" hurlé plus d'une fois le temps de mon adolescence parce que, oui cette porte ouverte me dérange, non je ne fais pas du cinéma.

 

Ce rendez-vous à l'âge de 15 ans avec Jean-Charles Terrassier pour faire de la psycho- orientation. On y emmène ma sœur qui se cherche, je suis. Et ces tests avec des résultats. Une intelligence supérieure à la moyenne. Des possibilités. Cette phrase "Comme vous êtes, vous pouvez faire ce que vous voulez de votre vie!". Si je ne l'ai pas entendu comme ça à l'époque, je m'aperçois maintenant qu'effectivement, j'ai fait ce que je voulais de ma vie. Je ne me suis mis aucunes limites, ni en matière de profession, de défis ou de vie personnelle.

 

Alors oui, un enfant zèbre, je sais ce que c'est.

 

Rendez-vous est pris pour confirmer ou infirmer les suppositions de la dame avec qui on parle. Un monsieur étrange dans une autre ville. Et l'explication donnée à L. qui va rater l'école. On va rencontrer un monsieur qui va nous dire comment tu réfléchis.

 

Les résultats sont là. Des zébrures sur ma fille. Et ce qui va avec. Hyper émotivité, hyper susceptibilité, hyper sensibilité. Une compréhension du monde différente des autres. Une intelligence à nourrir "Certains enfants se contenterons d'une tranche de jambon avec de la salade, mais votre fille il faut que ce soit choucroute garnie à tous les repas".

 

Alors maintenant on fait quoi ?

 

Maintenant, on ne repousse plus de lassitude quand elle passe à coté et qu'elle dit "un calin?", de sa petite voix merveilleuse mais parfois fatigante (surtout quand c'est la onzième fois en 1/2 heure).

 

Maintenant, on contrarie un peu son côté "je me laisse vivre, des devoirs pourquoi faire ?"... parce que oui, on peut être zèbre et ne pas savoir lire en arrivant au CP. En fait, je ne me fais aucuns soucis pour son avenir scolaire, ni professionnel. Non, c'est plutôt son développement personnel qui me chagrine, ses interactions avec le monde en dehors de sa famille.

 

On accompagne les chagrins d'enfant qui ne trouve personne avec qui jouer à la récré. Et on encourage quand elle nous parle d'une "copine". Et surtout on serre les dents quand on entend comme tout à l'heure "Moi, je n'aurais jamais d'amis". Alors on explique que les amis pour la vie viennent souvent sur le tard. Et de lui jurer, de lui promettre qu'elle trouvera quelqu'un qui sera comme elle.

 

On modère ses ardeurs pour qu'elle ne phagocyte pas son frère à l'école. On pose des règles, oui tu peux aller le voir, non, s'il dit non, tu ne t'incrustes pas avec ses copains.

 

On lui fait comprendre l'importance de l'avis des gens. Tu ne peux pas imposer ton avis, changer les règles d'un jeu en cours de route, être toujours la première. Et quand quelqu'un te dit non, c'est non...

 

On essaye de consoler comme on peut quand une petite voix dit "Il me manque Papa/Mounie/K" alors qu'ils ne sont pas là et qu'on ne peut rien y faire.

 

Et surtout on aime. Même si parfois, on se dit qu'on aime mal, qu'on s'y prend comme un manche. Qu'il faudrait réussir à couper ce cordon. Que tout ça n'explique pas tout. Qu'on est fatiguée de répéter et encore répéter les mêmes choses (comme à chaque enfant).

 

Et puis on prend la décision d'aller parler, à deux, à trois, à quatre s'il le faut.

 

Reste à trouver ce quelqu'un avec qui parler. Je cherche.

 

Alors Ma L., Ma merveilleuse petite fille, MaDouce, Ma Zèbre, je t'aime si fort avec mes tripes que je vais nous aider pour toi, pour nous. Et tu seras une femme forte, équilibrée, bien dans ta peau, heureuse de vivre avec les gens qui t'entourent. Comme moi.

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Manderley 29/01/2016 07:13

Ton billet me touche. Ta fille a cette chance d'avoir des parents attentifs et présents pour elle. Je suis un zèbre à la puissance 12 depuis toujours, mais malheureusement, avec une enfance brutale et violente. Ce qui a amplifié mon "état". A l'âge adulte, je me suis réfugiée dans la solitude, le travail et mon rôle de mère. Mais c'est pesant. J'ai tenté de jouer un rôle pour me faire mieux accepter par les gens et avoir des amis et des amoureux, sans succès. Alors j'ai laissé tomber le conformisme et désormais je suis comme je suis. Je ne peux me confier à personne, les gens ne comprennent rien de mes pensées intimes. Donc je me tais. Encore aujourd'hui, si je veux passer inaperçue, je copie l'attitude d'une collègue ou autre, et on oublie de me trouver bizarre. Je suis toujours en "contrôle" pour ne pas me faire remarquer ou rejeter. Dans ma tête c'est l'usine, je pense tout le temps même la nuit :-) En amour, je n'ai pas trouvé le "match" qui me libère de mes jeux de rôle. Je suis un zèbre devenu caméléon par la force des choses et manque de soutien étant enfant. Alors je suis persuadée qu'avec toi comme Maman, et probablement la force de ton époux également, ta fille va vivre tout cela bien différemment de moi et devenir une adulte équilibrée et autonome. Et elle a cette chance ! On a été nombreux à errer dans les cours de récré à la recherche d'un caillou pour compagnie. J'ai été 1ère de classe jusqu'à l'âge de 15 ans. On me détestait. A 16 ans j'ai arrêté de bosser à l'école, j'ai eu mon Bac en ne révisant rien, je séchais tous les cours, et ne parlais plus à personne. Il a fallu 10 ans et le hasard pour que je trouve une carrière qui me plaise à peu près. Mais je m'ennuie apres 10 secondes de routine. C'est dur la vie des zèbres. C'est aussi pour cette raison que mes amies me sont venues du Blog, parce qu'elles m'ont d'abord connue par l'écriture. Je n'ai pas eu à jouer un rôle avant dans la société ! Et l'écriture comme la lecture sont mes piliers. Sans cela, j'aurais "mal tourné" comme on dit. Je suis sûre que ton enfant va gérer sa vie en s'appuyant sur la force et la connaissance d'elle-même, que tu auras su appuyer de ton écoute. Les zèbres seuls sont souvent des coffres forts fermés de l'intérieur. Bon courage et des bisous :-)

Mamanlit 29/01/2016 20:40

Tes mots.. un caillou pour compagnie dans la cour d'école. ça m'a fait pleurer.
J'espère en tout cas que grâce à l'écriture chez toi, et chez les autres ton coffre-fort s'entrouvre un peu.
des bisous Man !

Bismarck 27/01/2016 16:09

"méthodique, demandeuse, questionneuse, comme tout enfant de 5 ans": c'est à ce passage-là au plus tard que j'ai compris. Tous les enfants de 5 ans ne sont pas comme ça. Mes enfants s'intègrent bien, et c'est pour cette raison qu'il a fallu attendre le CM2 pour "diagnostiquer" l'aîné; en tant que prof, ça m'a fait un choc: jusque là, je considérais mes élèves comme des niais par rapport à mes enfants, alors qu'en réalité, ce sont mes fils qui ne sont pas dans la norme.
Mais je vois, maintenant, une des affinités qui me fait revenir sur ce blog...

Mamanlit 29/01/2016 20:18

Je t'avoue que quand je vois d'autres enfants, je les trouvent d'un niais pas possible à coté des miens. Les miens sont toujours un livre à la main, dans le sac, limite à lire à table. Quand on va faire les magasins la question principale c'est "où est la librairie". Ils sont curieux, intéressés, vifs...Et quand je côtoie d'autres enfants, parfois c'est le choc !

mim_ 20/01/2016 22:42

Heu... bienvenue, nous voilà dans le même bateau ! ;)
Avant tout, si ce n'est déjà fait, à lire de toute urgence : L'enfant précoce de Jeanne Siaud-Fachin, d'une clarté limpide sur le fonctionnement des zèbres (mais je suppose que tu l'as déjà lu).
Je ne sais pas où on va, il faut juste leur donner "à bouffer" à ces enfants-là. Avec ma fille, nous avons mangé notre pain blanc, avec des enseignants géniaux qui osaient entrer dans son monde, ces 4 dernières années. Pour le CE1, sans difficulté majeure dans les apprentissages, elle a récupéré une instit' "minimum syndical", vieillotte, triste, sans aucune fantaisie (le camélidé du bouquin "La chaise" à l'Ecole des Loisirs). Et doucement, je sens qu'avec la perte du plaisir d'aller à l'école, quelque chose s'éteint en elle, sans pour autant calmer le reste, l'hypersensibilité, la soif de justice...
Il faut sans arrêt retrouver l'énergie de maintenir leur petite flamme, à nos zèbres, et c'est pas de tout repos... On a peut-être des trucs à se raconter en MP ? ;)

Mamanlit 29/01/2016 20:15

Déjà lu, tu t'en doutes. Et l'homme est dans Trop intelligent pour être heureux.. Et je l'entend pousser des ah, oh, mais ...mais c'est moi !
J’appréhende le CE1, j'ai deux machins à l'école qui vont me pourrir une année scolaire. Cette année n'étant pas brillante déjà, franchement j'ai du mal. Mais je me battrai. Et puis je crois que j'ai trouvé quelqu'un à aller voir pour en discuter. Et sur les conseils d'une amie, je vais essayer de lui faire rencontrer d'autres zèbres, mais dans mon coin, c'est compliqué !
En fait, faudrait qu'on se voit !

Zozostéo 14/01/2016 09:52

Entre ton post précédent qui m'y faisait penser pour toi très clairement, et celui-ci, je suis fixée! ;-)
J'en ai 2 estampillés à la maison (la 3ème n'y est pas encore passé), et cette lecture nous aide considérablement. Ce n'est pas tout, cela ne résout pas tout, mais cela aide à prendre les bonnes décisions; par exemple, la grande, au collège, a une option + 3 activités extra-scolaires par semaine. Et ce n'est pas trop, au contraire, ça l'aide!
Et puis tu as l'air d'avoir déjà bien intégré la complémentarité entre limites/cadre et écoute/explications.
Bravo!

Mamanlit 18/01/2016 15:56

Je pense que le papa l'est aussi. C'est flagrant sur sa manière de réfléchir et quand on observe ses interactions avec le monde extérieur.
J'avoue que j'en bave un peu avec L. pour le moment, mais je me dis que ça ne peut qu'aller mieux !

Anne 14/01/2016 06:21

Ok. Voilà pourquoi je me sens si proche de toi! Ton enfance en décalage est le reflet de la mienne (j'ai été testée en 6éme pour... rien. Une fois que l'on sait il ne se passe rien...). Et en zèbre j'ai une certaine expérience... Malheureusement cela ne fait pas des gosses épanouis au collège.

Mamanlit 18/01/2016 15:57

Plus je lis les commentaires et les réactions à cet article, plus je me dis que j'ai quand même super bien choisit mes copines :-)
Je m'accroche pour elle, elle n'est qu'en CP !